Née au coeur du mouvement pour l’indépendance de l’Inde, Indira Gandhi a fait des choix personnels et politiques audacieux, devenant la première femme Premier Ministre d’Inde. Aussi connue sous le nom de la Dame de Fer Indienne, elle a aussi sa zone d’ombre et elle fut assassinée en 1984.

Les femmes vont parfois trop loin, c’est vrai. Mais c’est seulement quand vous allez trop loin que les autres écoutent.

Indira Gandhi
© Karsh / Camera Press

Une enfance pour la liberté

Fille de Nehru, Indira grandit dans l’Inde qui se veut déjà indépendante, comme en témoigne sa longue correspondance avec son père. Dès son plus jeune âge elle s’engage politiquement, et en 1930 Indira prends la direction du Vanar Sena, la brigade des jeunes du Congrès. Âgée de seulement douze ans, elle défile et tient un discours devant plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Un événement marquant se produit en 1932, à Poona, derrière les murs de la prison de Yaruvda. Le 20 septembre, le Mahatma Gandhi se lance dans l’une de ses plus célèbres grèves de la faim. Lorsqu’il rompt son jeûne six jours plus tard, c’est Indira qui lui prépare sa première collation, un jus d’orange. Ils n’ont pourtant aucun lien de parenté.

Nehru et Indira Gandhi, sa fille

Elle doit son nom à son mariage, en 1942, avec Feroze Gandhi. Ce choix de se marier avec un parsi, alors qu’elle est hindoue, sera critiqué par une partie de la société indienne.

Elle voit souvent ses parents emprisonnés, et sera elle-même emprisonnée 8 mois en 1942 suite au mouvement Quit India lancé par son père, Nehru.

La première femme Premier Ministre d’Inde

Le 24 Janvier 1966, elle devient la première femme Premier Ministre d’Inde, et la deuxième femme au monde élue à la tête d’un gouvernement, après Sirimavo Bandaranaike au Sri Lanka en 1960.

Indira Gandhi travaille à l’indépendance économique et sociale du pays et on compte ainsi au rang de ses réussites :

  • La réforme agricole de 1971 qui permet de sortir l’Inde de la famine.
  • L’essai atomique en 1974 qui inscrit l’Inde au rang des puissances nucléaires.
  • La sortie victorieuse de la troisième guerre indo-pakistanaise en 1971, et favorise la naissance du Bangladesh.
  • La nationalisation des banques et des industries qui permet de renforcer l’économie (bien que cette mesure soit critiquée aujourd’hui).
  • L’abolition des privilèges dont bénéficiaient encore les princes et maharadjahs en 1970, qui oeuvre pour plus d’égalité sociale.

Pourtant, on retient souvent le caractère double d’Indira Gandhi, et sa dénomination comme la Dame de Fer Indienne.

Margaret Thatcher et Indira Gandhi
© Keystone Press Agency Ltd

La Dame de Fer Indienne

En effet, Indira Gandhi refuse de quitter le pouvoir en 1975 suite à l’invalidation des élections de 1971 pour fraude électorale. C’est alors qu’elle décrète l’état d’urgence, qui marque le début d’une quasi dictature jusqu’en 1977, menée avec son fils Sanjay. Devenu chef des Jeunesses du Congrès, Sanjay prend la tête des réformes les plus contestées du moment : un programme de contrôle des naissances qui se traduit par des millions de stérilisations masculines forcées ; la délocalisation des bidonvilles qui entraîne des déplacements de population violents et massifs. L’étendue de ses pouvoirs, alors même qu’il n’a jamais été élu, suscite un vif ressentiment au sein de l’opinion.

Indira Gandhi et l’un de ses fils, Sanjay Gandhi

Pourtant, après s’être éclipsée de la scène suite à cet échec, elle revient et est élue à nouveau en 1980. Son deuxième mandat sera moins autoritaire, mais finira plus tôt que prévu. Les Sikhs séparatistes montent en puissance, et occupent en juin 1984 le temple d’Or d’Amritsar, haut lieu de prière de la communauté. Au lieu de résoudre le conflit pacifiquement, elle envoie l’armée mater la révolte. L’opération, nommée Bluestar, fera près de 500 victimes civiles en plus des 83 soldats morts.

Cette opération honteuse a fait un tel tollé parmi la communauté Sikh que lorsque les gardes du corps sikhs d’Indira Gandhi l’assassine le 31 Octobre 1984, cela sera pris comme un acte de vengeance.

Même si je meurs au service du pays, j’en serais fière. Chaque goutte de mon sang j’en suis sûre contribuera à la croissance de l’Inde et la rendra forte et dynamique.

Indira Gandhi, la veille de son assassinat

Indira Gandhi était-elle féministe ?

De fait, Indira Gandhi ne s’est jamais revendiquée féministe. L’une des raisons évoquées par la première femme Premier ministre d’Inde, était que le féminisme était un concept occidental dont la culture indienne n’avait pas besoin, car elle reconnaissait l’égalité entre les hommes et les femmes. À l’instar de Sarojini Nairu, la poétesse et activiste Indienne, Indira Gandhi pensait que la femme indienne n’avait pas besoin du « féminisme » pour devenir l’égal de l’homme

Elle plaidait la cause des femmes comme elle plaidait celle de tous les déshérités, mais elle refusait toute idée de confrontation entre « les femmes » et « les hommes ». Ce refus du label féminisme de la leader, s’intègre dans la vaste politique nationaliste post-coloniale de l’Inde, qui s’inscrit également dans un contexte socioéconomique et politique particulier de construction d’un État indépendant, fort et « non-aligné ».

Bilan

Ce qu’on aime avec Indira Gandhi c’est qu’elle est plutôt inclassable. D’un côté elle a placé l’Inde sur un plan international tout en gardant une position non-alignée. De l’autre, elle a été à l’origine d’une des périodes les plus anti-démocratiques de l’Inde qui se revendique « la plus grande démocratie du monde ».

C’est un peu pour montrer ces deux côtés de la personnalité, qu’on chacun.e peut avoir, qu’on a nommé nos boucles Indira 😉

Sources pour aller plus loin

Le paradoxe du positionnement féministe : Indira Gandhi, une femme au pouvoir exécutif

L’Histoire – L’Inde à l’épreuve de la démocratie – Le cas Indira Gandhi